jeudi 3 février 2011

La Pinacothèque: musée haut, musée bas


Ce qui suit ne peut qu’être une mauvaise chronique. Le terrain est glissant, ma légitimité à évoquer le sujet douteuse.

Mais comment ne pas évoquer l’offensive publicitaire de la Pinacothèque sur les murs des stations de métro parisiennes depuis quelques semaines ? Qui peut dire qu’il n’est pas au courant que depuis le 26 janvier, cet édifice propose une nouvelle exposition temporaire de peinture – le thème n’étant d’ailleurs pas très clair, mais nous y reviendrons ? L’assaut est de taille et a réussi à reléguer les autres expositions au second plan, dont celle du Musée du Luxembourg sur « Cranach et son Temps » pourtant elle-même peu avare en affiches.


Le fait est que, depuis plusieurs années, les expositions temporaires ont pris une ampleur inédite dans le paysage culturel français et dans la vie des musées, représentant dorénavant une source de revenus essentielle pour ces structures. Même lorsque leur montage est coûteux, le prix des billets permet généralement de fidéliser un public et de compenser le manque à gagner provenant de la tendance à l’accès libre pour les collections permanentes.

Cette dynamique est-elle en train de provoquer une bulle culturelle, chaque musée devant à tout prix monter ou acheter une exposition capable de mobiliser les foules, au détriment du sens budgétaire commun ? A voir le nombre d’expositions temporaires proposées en ce moment à Paris, on pourrait le penser. Pour autant, l’immense succès de l’exposition Claude Monet au Grand Palais, qui a réuni plus de 900000 visiteurs, justifierait cette démarche. On ne peut toutefois occulter la question de la valeur artistique et scientifique de ce genre de manifestation.

Or c’est là que le problème se pose, dans le cas de la Pinacothèque en tout cas. J’avoue ne m’être rendu qu’une seule fois à une exposition proposée par cet établissement, Les Soldats de l’Eternité : l’armée de Xi’an. Le clou du spectacle se réduisait à une dizaine de soldats en terre cuite qui se battaient en duel ; bien sûr, on pouvait observer des bijoux et des objets de la vie courante, mais cette exposition décevait. On venait voir une armée ; on avait devant soi une équipe de football. De fait, on se retrouvait dans une « expotin », une manifestation qui bénéficiait d’une campagne de promotion importante et qui se révélait très utile pour briller en société, mais dont l’impact émotionnel et culturel était beaucoup plus limité. Le marketing et les thèmes aguicheurs représentaient ainsi les deux moteurs principaux de la Pinacothèque… jusqu’à récemment. 


La dernière campagne sur les collections des Esterhazy et des Romanov est, en effet, assez complexe à cerner : est-ce un groupement de collections ? Le thème est-il le rôle des familles princières dans la collecte et la commande d’œuvres d’art ? Pas facile de se faire une idée à la simple lecture des affiches qui reprennent les mêmes codes et la même présentation.
Ce n’est qu’en cherchant sur le site internet de la Pinacothèque qu’on apprend qu’il s’agit de deux expositions séparées, soumises à deux tarifications (l’achat d’un billet cumulant les deux manifestations étant toutefois possible). Voilà qui est d’une logique commerciale imparable.

Alors même que la Pinacothèque revendique son statut de musée disposant d’une collection permanente, il lui reste encore à prouver qu’elle est plus qu’un simple réceptacle de « coups » culturels. Si vous avez un avis sur la question, n’hésitez pas à m’en faire part.

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